Le thermomètre de la voiture affichait 28 degrés à neuf heures du matin. On a compris la règle du jeu dès le parking de Gordes. Ici, les journées se gagnent tôt, à l’ombre ou dans l’eau. Nous avons passé une semaine dans le Luberon en famille, fin juin. Tom avait promis aux enfants des falaises rouges et un pont romain. Moi, je visais les marchés et la lavande de Sénanque. On a tout testé : les marches, les parkings, les glaces, les baignades. Une sortie a mis tout le monde d’accord, et pas celle qu’on imaginait.
Pour les parents pressés
- Gravir les marches orange de Roussillon, redescendre les baskets teintées.
- Pédaler sur une ancienne voie ferrée jusqu’au Pont Julien romain.
- Explorer les ruines perchées d’Oppède-le-Vieux, un décor d’aventure grandeur nature.
- Goûter les fruits confits d’Apt un samedi de grand marché.
- Photographier la lavande de Sénanque avant la foule de juillet.
Un camp de base dans la vallée du Calavon, et tout devient simple
On a d’abord étalé la carte sur la table du salon. Tom a entouré trois zones au crayon. Le Petit Luberon à l’ouest, avec Ménerbes, Oppède et Bonnieux. Le Grand Luberon à l’est, plus haut, autour d’Apt et de Saignon. Le Sud Luberon enfin, versant Durance, avec Lourmarin et Cucuron. Trois massifs pour un seul parc naturel régional, créé en 1977. Il couvre environ 185 000 hectares entre Vaucluse et Alpes-de-Haute-Provence.
Sur le papier, ça impressionne. Sur place, tout se joue dans un carré d’une trentaine de kilomètres. Nous avons posé nos valises dans la vallée du Calavon, entre Cavaillon et Apt. Ce choix a décidé du reste de la semaine. Villages perchés, sites d’ocre, marchés : presque tout était à moins de trente minutes. Rustrel restait notre seul trajet un peu long, quarante minutes environ.
Léo a validé le principe dès le premier soir. Moins de voiture, plus de glaces : son calcul était vite fait. Inès, elle, a surtout retenu la vue depuis la terrasse. Le massif change de couleur au fil de la journée. Le Luberon se trouve entre Avignon et Manosque, à une heure d’Aix-en-Provence. Depuis la région parisienne, on a rejoint la vallée en six heures, pauses comprises.
Les villages perchés qui ont aussi plu aux enfants
Tous les villages ne se valent pas avec une poussette ou un enfant fatigué. Quatre sont classés parmi les Plus Beaux Villages de France. Gordes, Roussillon, Ménerbes et Lourmarin portent le label. Leur configuration change pourtant tout à l’usage. On a fait notre tri sur place, village après village.
Gordes tôt le matin, puis la lavande de Sénanque
À Gordes, une voisine de gîte nous avait soufflé le bon créneau. Arriver avant dix heures, pas plus tard. Le parking se libérait encore, la lumière rasait les façades de pierre sèche. Le village s’étage sur un éperon rocheux et ses calades glissent un peu. Inès a fini la montée sur les épaules de Tom. Sa récompense l’attendait en haut : un chocolat chaud face à la vallée.
À quelques kilomètres, l’abbaye Notre-Dame de Sénanque aligne ses champs de lavande. La floraison court en général de la mi-juin à la mi-juillet, selon l’année. Nous sommes arrivés fin juin, en plein violet. Tom a mitraillé pendant vingt minutes, accroupi entre deux rangs. L’accès se fait à pied depuis le parking, à 500 mètres environ. Un conseil : viser le début de matinée, la foule arrive vite.
Oppède-le-Vieux, le village transformé en terrain d’enquête
Oppède-le-Vieux a été notre surprise du séjour. Le village, abandonné au dix-neuvième siècle puis réhabilité, se rejoint à pied. On laisse la voiture au parking du bas, puis le chemin monte franchement. Dix bonnes minutes d’effort, et Léo est passé devant tout le monde. Pour lui, ces ruines sentaient l’aventure à la Arsène Lupin. Il cherchait des passages secrets derrière chaque muret.
En haut, l’église Notre-Dame-d’Alidon et les ruines du château dominent la plaine. La vue plonge sur les vergers et les vignes. Inès a dessiné le clocher, assise sur une pierre tiède. On est restés une heure de plus que prévu, sans une seule protestation.
Bonnieux, Ménerbes, Lourmarin : trois ambiances, un même réflexe
Un réflexe nous a économisé beaucoup d’énervement. Se garer en périphérie, sur les parkings signalés à l’entrée. Chercher une place dans les centres anciens mène à des ruelles à sens unique. Le quart d’heure perdu décide souvent de l’humeur générale.
Bonnieux grimpe fort mais offre un panorama superbe sur le Petit Luberon. Ménerbes nous a semblé le plus paisible des trois. Lourmarin, côté sud, a gagné le cœur des enfants. Son centre presque plat évite les négociations de fin de journée. Son château se visite, ses commerces vivent toute l’année. C’est devenu notre option de repli favorite pour les après-midis.
Un soir, on y a traîné jusqu’à la nuit tombée. Les enfants tournaient autour de la fontaine, glace en main. Les cigales couvraient les conversations des terrasses. Ce genre de moment ne se planifie pas, il se cueille.
Les ocres, la sortie qui a mis tout le monde d’accord
Le sous-sol du Luberon a livré pendant plus d’un siècle des pigments d’ocre. Les carrières abandonnées ont laissé des reliefs rouges, orange et jaunes, uniques en France. Cette richesse géologique vaut au parc son label de géoparc mondial UNESCO. Pour les enfants, la géologie a tenu en un mot : western.
Le sentier des ocres de Roussillon, 350 marches et des baskets orange
Le sentier est aménagé dans d’anciennes carrières, juste sous le village de Roussillon. Deux boucles au choix. Environ 30 minutes pour la courte, jusqu’à une heure pour la longue. Le parcours compte environ 350 marches et reste déconseillé aux poussettes. Les 50 premiers mètres, accessibles, donnent déjà un beau point de vue.
On a pris la grande boucle, gourdes en bandoulière. Inès voulait remplir un sachet de sable orange. C’est interdit sur ce site protégé, alors elle a dessiné les falaises. Dernier avertissement, vécu de près : l’ocre tache durablement les vêtements clairs. Les baskets blanches de Léo sont rentrées orange, et le sont restées. Depuis le belvédère, le village semblait peint avec le sable du sentier. On a compté sept nuances de rouge, sans jamais se mettre d’accord.
Le Colorado provençal de Rustrel, notre matinée western
Plus vaste et plus sauvage, le site de Rustrel s’explore par deux sentiers balisés. Le circuit du Sahara et celui des Belvédères partent du parking payant des Mille Couleurs. On a marché deux heures entre cheminées de fées et falaises striées. Léo a rebaptisé chaque formation rocheuse, carnet en main. Inès a rempli deux pages de croquis rouge et or.
Deux précautions comptent vraiment ici. De vraies chaussures de marche et beaucoup d’eau, faute d’ombre continue et de ravitaillement. Le site ferme de la mi-novembre à début février. De mai à août, les matinées se réservent en ligne. En plein été, l’ouverture se confirme la veille au soir, selon le risque incendie.
La maison avec piscine, notre meilleure décision du séjour
Le choix de l’hébergement pèse plus lourd ici qu’en ville. Gîte, chambre d’hôtes ou maison entière : les contraintes changent du tout au tout. Nous avons opté pour une maison, et surtout pour un bassin.
Le creux de quatorze heures, réglé au bord du bassin
En juillet et août, la visite s’arrête vers midi. Elle ne reprend qu’en fin d’après-midi, quand les villages cessent de cuire. Ce creux de quatre heures se passe forcément quelque part. Chez nous, il s’est passé dans l’eau. Notre parade : une location de vacances avec piscine dans le Luberon via Petit Miracle. Les enfants se baignaient, Tom lisait, personne ne remontait en voiture.
Ce rythme a sauvé nos journées les plus chaudes. Le matin pour les villages et les ocres, l’après-midi pour les plongeons. La ressortie vers dix-huit heures, pour un marché du soir ou une terrasse. En septembre, l’eau reste d’ailleurs assez douce pour prolonger la formule.
Avant de valider une maison avec des enfants, trois points méritent une vraie vérification :
- La sécurisation du bassin, une obligation légale en location. Barrière, alarme, couverture ou abri font l’affaire.
- L’ombre réelle du terrain à quatorze heures, invisible sur des photos d’annonce prises au printemps.
- La distance au premier commerce, pour la baguette du matin sans reprendre la voiture.
Un village à portée de baguette
La question du village vient ensuite. Un hameau isolé impose la voiture pour la moindre course. Sur deux semaines, cette contrainte use tout le monde. Une maison à quelques kilomètres d’un bourg change la vie quotidienne. Boulangerie, épicerie et pharmacie règlent la logistique, sans rien enlever au calme. Depuis la vallée du Calavon, nos trajets du matin dépassaient rarement vingt minutes.
La maison a vite trouvé son rituel du soir. Tom allumait les grillades, je découpais les tomates du marché. Les enfants comptaient les martinets au-dessus du toit. On a compris pourquoi tant de familles reviennent ici chaque été.
Les marchés donnent le tempo de la semaine
Ici, les marchés ne sont pas une animation ajoutée pour les vacanciers. Ils structurent la semaine, chaque commune ayant son jour fixe. Le marché paysan de Coustellet, créé en 1982, a ouvert la voie. Il a été le premier du Luberon à réserver les étals aux producteurs.
On a construit notre planning autour de ces rendez-vous. Le samedi matin, direction Apt, le grand marché du territoire. Je suis repartie avec des fruits confits, la spécialité de la ville. Léo a négocié un saucisson, Inès un savon en forme de cigale. On est arrivés à huit heures et quart, bien avant la foule.
| Jour | Communes | À savoir |
|---|---|---|
| Lundi | Cavaillon, Cadenet, Lauris, Forcalquier | Cavaillon, le plus urbain et le plus complet |
| Mardi | Gordes, Cucuron, La Tour-d’Aigues, Apt | Marché paysan à Apt, producteurs uniquement |
| Mercredi | Viens, Rustrel (l’été) | Petits marchés de village, rapides à faire |
| Jeudi | Roussillon, Ménerbes, Robion | Se combine bien avec le sentier des ocres |
| Vendredi | Lourmarin, Bonnieux, Pertuis | Lourmarin très fréquenté en été |
| Samedi | Apt | Le grand marché du territoire, arriver tôt |
| Dimanche | Coustellet, Saint-Martin-de-la-Brasque | Marchés paysans, saisonniers pour partie |
Les habitués du samedi nous l’ont confirmé sur place. En juillet et en août, les parkings des grands marchés saturent dès neuf heures. Avant huit heures trente, l’expérience change complètement. Les marchés de semaine, plus petits, se vivent sans cette contrainte. Ils conviennent mieux aux enfants que la foule fatigue vite.
On a aussi testé un marché du soir, à Coustellet. L’été, les producteurs installent leurs étals en fin de journée. La chaleur retombe, les enfants tiennent la distance. Inès a choisi les abricots, Léo a goûté trois miels avant de trancher. On a dîné de tout ça sur la terrasse, sans cuisiner. D’autres communes de la vallée proposent aussi leur marché du soir l’été.
La véloroute du Calavon, nos plus beaux kilomètres sans voiture
C’est l’équipement qui change le plus la donne pour une famille. La véloroute du Calavon suit une ancienne voie ferrée sur environ 45 kilomètres. Elle part de Robion et file vers Apt, en passant par Coustellet.
Une ancienne voie ferrée presque plate, remorque comprise
Deux atouts la rendent accessible très tôt. Le dénivelé cumulé reste sous les 200 mètres sur tout le parcours. Et l’itinéraire se déroule en voie verte, à l’écart des voitures. Seules exceptions : deux kilomètres au lieu-dit Le Chêne. Puis quelques centaines de mètres aux Beaumettes, à Coustellet et à Apt. Le revêtement accepte même les poussettes de ville.
Les loueurs du secteur proposent remorques et sièges enfant. En juillet et en août, mieux vaut réserver plusieurs jours en avance. Nous avons loué quatre vélos, plus une sacoche entière de goûters.
Le Pont Julien en ligne de mire, le goûter en récompense
Pas besoin d’avaler les 45 kilomètres d’une traite. Une portion de dix kilomètres aller-retour remplit une belle matinée avec des enfants. Nous avons choisi le tronçon qui passe au Pont Julien, un ouvrage romain. Léo a fait le calcul à voix haute : plus de 2000 ans d’âge. Inès a pique-niqué face aux arches, carnet ouvert sur les genoux.
Le retour s’est fait au même rythme, sans une seule plainte. Une pause sirop à Coustellet a conclu la matinée. Sur la route, les villages perchés défilaient sur les pentes du massif. C’est notre souvenir le plus paisible de la semaine.
Notre retour sur le Luberon en famille
Les incontournables : Roussillon, Gordes et la véloroute du Calavon en tête de liste.
Moments magiques : la lavande de Sénanque en fleur, un matin de fin juin.
Pause détente : les après-midis dans la piscine, pendant que les villages cuisent.
Notre astuce : arriver partout avant neuf heures, surtout au marché d’Apt.
Coup de cœur de la famille : les passages secrets imaginés par Léo dans Oppède-le-Vieux.
Le Luberon en famille : les questions qu’on nous pose au retour
Quel village visiter en premier avec des enfants ?
Roussillon, pour combiner village coloré et sentier des ocres en une sortie. Lourmarin suit de près, avec son centre presque plat et son château. Gordes impressionne surtout les parents, à garder pour un matin reposé.
Combien de temps prévoir pour le sentier des ocres ?
Environ 30 minutes pour la boucle courte, jusqu’à une heure pour la longue. Les photos rallongent toujours la balade. En ajoutant le village de Roussillon juste au-dessus, la matinée est bien remplie.
Combien de jours pour un premier séjour dans le Luberon ?
Quatre à cinq jours couvrent les villages principaux et un site d’ocre. En dessous, mieux vaut choisir un seul secteur. Une semaine complète ajoute une matinée de vélo et deux marchés sans courir.
Peut-on visiter le Luberon sans voiture ?
Difficilement. Les cars régionaux desservent les grandes communes, mais les fréquences restent faibles. La voiture reste la solution pour un programme familial. Le choix d’un hébergement central devient alors décisif.
Le Luberon convient-il avec un bébé ?
Oui, en prévoyant un porte-bébé pour les villages perchés. Calades, escaliers et pentes rendent la poussette inutilisable dans les centres anciens. La véloroute du Calavon, elle, reste accessible aux poussettes de ville.
