Marrakech, la ville rouge, celle qu’on imagine bruyante et qu’on finit par adorer. La médina classée UNESCO cache des palais silencieux derrière ses ruelles ocres. Les souks se vivent comme un jeu de piste, le désert d’Agafay se rejoint en 45 minutes, et un parc aquatique sauve les après-midis de canicule. Entre jardins secrets, balades à dos de dromadaire dans la palmeraie et thé à la menthe servi dans une cour intérieure, peu de destinations offrent autant de contrastes en si peu de kilomètres carrés. Du cœur de la médina à un désert de pierres accessible en excursion à la journée, Marrakech en famille surprend à chaque coin de rue. Voilà nos 19 lieux préférés pour un séjour à Marrakech réussi.
Pour les parents pressés
- La place Jemaa el-Fna, le spectacle de rue qui bascule en fin de journée.
- Le Jardin Majorelle, le bleu saisissant à réserver dès 8h du matin.
- Oasiria, le parc aquatique qui sauve les après-midis de grande chaleur.
- Le désert d’Agafay, les pierres ocres et l’Atlas à 45 minutes.
- Les cascades d’Ouzoud, la balade en bateau que les enfants réclament encore.
La place Jemaa el-Fna, là où la ville bascule en spectacle à la tombée du jour
On a débarqué sur la place Jemaa el-Fna en fin de journée, quand la chaleur commence à lâcher prise. C’est là que la médina bascule : les acrobates sortent, les musiciens gnaoua posent leurs caisses de résonance, les fumées de braise et de cumin montent de partout. Léo a regardé un groupe d’acrobates empiler trois gamins les uns sur les autres sans dire un mot pendant cinq bonnes minutes. Pour 4 dirhams le verre, on a bu un jus d’orange pressé à la volée, debout, au milieu du mouvement. C’est le genre de détail qui reste.
La place Jemaa el-Fna est classée au patrimoine immatériel de l’UNESCO, et on comprend pourquoi dès qu’on y pose les pieds en fin de journée. Le matin, c’est une autre histoire : presque vide, quelques marchands qui s’installent, les pigeons en maîtres des lieux. Ce visage-là vaut aussi le détour, mais il ne prépare pas à ce qui arrive après le coucher du soleil.
Un point à garder en tête avec les enfants : les charmeurs de serpents et les propriétaires de singes proposent des photos. La photo n’est jamais gratuite, et le tarif se négocie avant, pas après. On a esquivé en restant en mouvement. Marrakech en famille sur cette place, ça se vit à vue, pas en s’arrêtant partout.
Les souks de Marrakech, un jeu de piste dans les ruelles ocres
On y était à huit heures du matin, et les souks sentaient déjà le cuir chaud et le cumin. Les Marrakchis s’affairaient tôt le matin, chargeaient leurs mules, disposaient leurs babouches en rangées serrées. Pas un groupe de touristes en vue. C’est ce moment-là qu’il faut attraper dans la médina, avant que les ruelles se resserrent sous les flux.
Pour éviter que Léo traîne les pieds, on avait transformé la balade en jeu de piste : trouver une théière en cuivre gravée, une seule, et la ramener à la maison. Ça l’a tenu deux heures. Il cherchait, comparait, observait un artisan marteler le métal à coups réguliers. Les souks sont organisés par corps de métier, ce qui aide : les poteries d’un côté, les épices de l’autre, le cuir plus loin vers le cœur de la médina. On ne se perd pas vraiment, on tourne.
Le marchandage, Léo a voulu s’y coller. Le vendeur annonçait 220 dirhams. On est repartis à 90, théière dans le sac. Inès notait les chiffres dans son carnet, comme si elle arbitrait. Prévoir des espèces en dirhams est indispensable : la plupart des commerçants du souk n’acceptent pas la carte, et aucun distributeur ne se cache dans les ruelles.
Un point à ne pas sous-estimer : les deux-roues surgissent sans prévenir dans les ruelles étroites de la médina. On marchait serrés, les enfants devant nous.
Le Jardin Majorelle, la parenthèse bleue qu’on referait dès 8h du matin
On était devant la grille à 8h pile, le taxi depuis la médina nous avait coûté deux euros et des poussières. Les jardins étaient presque vides. Ce bleu-là, le bleu Majorelle, frappe différemment sans cent personnes devant vous : un cobalt presque agressif sur les murs de la villa, qui tranche avec le vert dense des 300 espèces de plantes sur 2,5 hectares. Léo a sorti son carnet sans qu’on lui demande. Il avait lu l’histoire la veille : Jacques Majorelle plante tout ça en 1924, le jardin tombe à l’abandon, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé le rachètent en 1980 pour le sauver d’un projet hôtelier.
Ce que personne ne nous avait dit : les créneaux 10h-14h sont bondés au point de gâcher la visite, les allées deviennent un couloir de selfies. Le matin entre 8h et 9h30, c’est une autre planète. Les billets coupe-file se réservent uniquement en ligne sur tickets.jardinmajorelle.com, au minimum 24h à l’avance, aucune billetterie sur place. Pour nous, ça faisait 170 DH par adulte et 95 DH pour Léo ; Inès, moins de 10 ans, est entrée gratuitement.
Avant de partir, on a poussé la porte du Musée Berbère, installé dans l’ancien atelier de Majorelle. La plupart des visiteurs l’ignorent complètement. C’est l’une des adresses que je conseille à toute famille qui cherche où aller à Marrakech en famille sans se retrouver dans la foule. Plus de 600 objets berbères, bijoux, tapis, poteries : Inès a passé dix minutes sur une parure de tête en argent sans bouger. C’est le bonus culturel que personne ne promet et qui reste longtemps.
Le Musée Berbère du Jardin Majorelle, la salle que tout le monde traverse trop vite
Presque tout le monde sort du jardin sans y être entré. Le Musée Pierre Bergé des arts berbères, installé dans l’atelier de Majorelle, est pourtant là, au fond du parc, silencieux et frais. On y a poussé la porte un peu par hasard, pour souffler à l’ombre. On n’est pas ressortis avant une bonne heure.
La collection rassemble plus de 600 objets : bijoux en argent ciselé, vêtements brodés, poteries, tapis aux motifs géométriques qui courent sur les murs. Inès s’est arrêtée devant un grand tapis rouge et noir, carnet ouvert, et a passé dix minutes à recopier les losanges en les comptant à voix basse. Ce n’est pas une activité prévue par le musée : c’est juste ce que les enfants font quand on leur laisse le temps. Les motifs berbères sont assez simples et répétitifs pour qu’un enfant de sept ans puisse les reproduire, et assez riches pour qu’il se pose des questions sur ce qu’ils signifient.
Les bijoux, eux, fascinent différemment. Des parures entières en argent, des fibules qui fermaient les manteaux des femmes de l’Atlas, des colliers de perles d’ambre et de corail. L’entrée est incluse dans le billet du jardin à 170 DH pour les adultes, sans supplément. Pour une visite au Maroc avec des enfants, c’est une belle introduction à l’art et à l’artisanat marocain, concrète et à hauteur de regard. L’espace est calme parce que la plupart des visiteurs des jardins ne s’y arrêtent pas : profite de ça.
Le Palais de la Bahia, les cours silencieuses où l’histoire prend de la place
On a poussé la porte du Palais de la Bahia un matin, presque par hasard, après les souks. Le silence nous a frappés d’abord. Pas de foule, pas de guide qui court. Juste les zelliges, le cèdre sculpté au plafond, et les cours intérieures qui s’enchaînent sur huit hectares. Pour 70 DH l’entrée, on a passé presque deux heures à lever les yeux sans se presser.
Le palais est accessible à pied depuis le cœur de la médina, sans détour compliqué ni montée. C’est une respiration après les ruelles des souks : les cours s’ouvrent les unes sur les autres, les jardins sont ombragés, et les enfants peuvent courir sans risquer une moto dans les tibias. Léo s’est mis à chercher des inscriptions dans les mosaïques, convaincu que chaque motif géométrique cachait un code. Il a rempli deux pages de son carnet de croquis avant même qu’on atteigne le grand patio.
Ce qui frappe dans cette visite, c’est l’échelle. On s’attendait à un palais, on a trouvé une ville dans la ville. Les plafonds en cèdre sculpté changent de motif d’une salle à l’autre : il faut s’arrêter, pas juste traverser. C’est une belle introduction à l’architecture andalouse-marocaine, bien plus lisible qu’un musée pour des enfants. En matinée, les groupes n’ont pas encore envahi les cours : on s’assoit, on lève les yeux, on cherche les détails.
Le Jardin Secret, l’oasis de calme que la médina cache derrière ses murs
On a poussé une porte en bois clouté dans une ruelle du coeur de la medina, et le bruit a disparu d’un coup. Pas diminué : disparu. Les vendeurs, les mobylettes, les appels de part et d’autre des ruelles, plus rien. Juste le son d’une fontaine et des oiseaux qu’on n’avait pas entendus depuis notre arrivée. Le Jardin Secret, c’est exactement ça : un palais du XIXe siècle restauré qui cache deux jardins derrière ses murs épais.
Le jardin islamique est géométrique, tracé au cordeau, avec ses bassins et ses haies taillées. Le jardin exotique déborde de végétation, palmiers et bananiers qui montent haut. Entre les deux, des fontaines qui font leur travail sans chercher à impressionner. Pour 70 DH par adulte, on a eu deux heures de pause complète au milieu d’une journée qui commençait à peser, la chaleur de midi dans les ruelles, ça use vite.
Tom est monté sur la tour panoramique pour photographier les toits de la médina. Il en est redescendu avec des dizaines de clichés et l’air de quelqu’un qui a trouvé son angle. La vue sur les terrasses ocres et les minarets vaut le détour à elle seule. Les enfants, eux, ont simplement soufflé dans les jardins sans être bousculés ni sollicités, ce qui, après les souks du matin, n’avait pas de prix. Beaucoup moins connu que Majorelle, le Jardin Secret reste une pause rare au coeur de la medina.
Le Musée des Confluences Dar El Bacha, le palais qui raconte le Maroc aux enfants
On a poussé une porte en bois clouté et on s’est retrouvés dans une cour dallée de zelliges, avec une fontaine au centre et des galeries à colonnades tout autour. Dar El Bacha, c’est d’abord ça : un palais du XXe siècle qui écrase par sa beauté avant même qu’on regarde les collections. Léo a traversé la première cour en courant pour voir ce qu’il y avait dans la suivante, et il y en avait encore une autre après.
La visite dure facilement une heure et demie sans qu’on sente le temps passer. Les salles racontent l’art et l’histoire marocaine à travers des objets, des textiles, des céramiques. Pour les enfants, le palais lui-même est le meilleur des supports : les cours s’enchaînent, chaque angle est différent, et l’architecture fait son effet sans qu’on ait besoin de l’expliquer. Pour 50 DH par personne, on a tenu toute la matinée dans la médina sans sortir.
C’est aussi une des rares visites où on ne joue pas des coudes. Dar El Bacha attire beaucoup moins de monde que Majorelle : on circule librement, les enfants peuvent s’arrêter sans gêner personne, et on peut cadrer ses photos sans attendre qu’un groupe passe. Par temps de grosse chaleur ou si le ciel se couvre, c’est l’alternative culturelle la plus reposante de la ville.
La Médersa Ben Youssef, les mosaïques qui coupent le souffle même à 11 ans
On a poussé la porte de la Médersa Ben Youssef un peu par hasard, entre deux ruelles du coeur de la medina, et on a failli rater l’entrée tellement elle est discrète depuis la rue. À l’intérieur, la cour centrale s’ouvre d’un coup. Le bassin reflète les zelliges, les stucs débordent jusqu’aux boiseries en cèdre, et la lumière du matin tombe exactement là où il faut. Tom a sorti l’appareil photo sans même s’en rendre compte.
Ce qui a retenu Léo, ce ne sont pas les mosaïques. Ce sont les cellules. Tout autour des galeries, des dizaines de petites pièces minuscules, à peine la largeur d’un lit, où dormaient les étudiants coraniques du XIVe siècle. Il a voulu en mesurer une avec ses bras écartés. Elle faisait exactement deux envergures. Il a passé le reste de la visite à imaginer comment on faisait ses devoirs sans lumière naturelle, et si les étudiants avaient le droit de parler.
Le bassin central, lui, n’est pas qu’un élément décoratif. C’est là que les étudiants se lavaient avant la prière. Ce détail-là, dit à voix basse dans la cour, change complètement la façon de regarder le lieu. Pour 70 DH par personne, on a tenu facilement quarante minutes, ce qui est court sur le papier mais dense à chaque mètre carré. La médina a beaucoup de sites beaux à voir, mais peu sont aussi lisibles pour un enfant de cet âge.
Oasiria, la journée piscine à vagues qui sauve les après-midis de canicule
Vers 13h, la médina devient un four. Les pavés brûlent, les ruelles n’ont plus d’ombre, et les enfants commencent à traîner des pieds. C’est exactement là qu’Oasiria s’impose pour un après-midi à Marrakech en famille. La navette gratuite depuis Jemaa el-Fna dépose directement à l’entrée du parc, au km 4 de la route d’Amizmiz.
Le parc s’étend sur dix hectares avec quinze activités et huit piscines. La piscine à vagues est la plus grande d’Afrique : les vagues sont assez hautes pour que les enfants perdent pied si on ne fait pas attention. Inès a mis un bon quart d’heure à oser s’avancer au-delà du bord. Les zones peu profondes permettent aux plus jeunes de patauger pendant que les grands enchaînent les toboggans. Une activité inédite a été inaugurée au printemps 2026, ce qui a rendu la visite encore plus dense qu’on ne l’anticipait.
Oasiria est ouvert du 4 avril au 1er novembre 2026, tous les jours de 10h à 18h. Arriver en début d’après-midi, c’est le bon tempo : les matinées restent libres pour la médina, et la piscine absorbe la chaleur du milieu de journée. Les tarifs varient selon la taille, pas l’âge, ce qui change tout quand on a un enfant entre deux catégories.
| Taille | Tarif indicatif 2026 | Gratuité |
|---|---|---|
| Adultes et enfants de plus d’1,50 m | 240 à 300 DH | Non |
| Enfants de 80 cm à 1,50 m | 160 à 200 DH | Non |
| Enfants de moins de 80 cm | Gratuit | Oui |
La Palmeraie de Marrakech, le dromadaire et le thé à la menthe en fin de matinée
La palmeraie s’ouvre d’un coup, après vingt minutes de taxi depuis la médina. Les palmiers remplacent les ruelles ocres, le bruit de fond disparaît, et on respire autrement. C’est là qu’on a fait notre excursion à dos de dromadaire, un matin où la chaleur n’était pas encore là. La montée sur la bête est le moment le plus drôle : le dromadaire se lève par l’arrière en premier, ce qui projette tout le monde vers l’avant. Inès s’est cramponnée à la selle des deux mains en poussant un cri bref, puis elle a ri pendant cinq minutes. Pour environ 150 DH par personne, on a tourné une bonne heure entre les jardins et les palmes, au pas lent d’une bête qui ne se presse jamais.
Après la balade, le guide nous a conduits sous une tente berbère pour le thé à la menthe. Les verres dorés arrivaient brûlants, versés de haut pour faire mousser. Le thé est compris dans la plupart des forfaits dromadaire : vérifier en réservant, mais on n’a rien payé de plus. C’est un moment suspendu, à l’ombre, qui tombe bien avant le déjeuner.
La palmeraie abrite aussi plusieurs grands hôtels et riads avec piscine, pour les familles qui préfèrent loger loin de l’agitation de la médina. Pour une excursion à la journée depuis le centre, prévoir la matinée : on est de retour pour la pause déjeuner, avant que le soleil tape vraiment.
Le désert d’Agafay, les pierres ocres et l’Atlas en fond de décor à 45 minutes
On avait dit qu’on ne ferait pas dix heures de route vers Merzouga avec des enfants. L’Agafay a réglé la question. À 45 minutes de Marrakech, ce désert de pierres ocres s’étend sous l’Atlas comme une palette de peintre posée à plat sur le sol. Pas un grain de sable : des cailloux, des reflets roux, et ce silence qui surprend après trois jours de médina. Léo a passé vingt minutes à retourner des pierres plates en cherchant des fossiles. Il en a trouvé deux, ou ce qui y ressemblait, et les a glissés dans sa poche sans demander l’avis de personne.
Pour 25 euros par personne, la balade en dromadaire dure environ une heure et longe les crêtes au coucher du soleil. La couleur bascule alors du beige au cuivre, et l’Atlas apparaît net derrière. On avait réservé un dîner-spectacle sous tente berbère pour la soirée, musique gnaoua et tajine au coin du feu, et on a bien fait : les meilleurs campements affichent complet deux à trois semaines à l’avance en haute saison.
Pour une nuit sur place, certains camps proposent du glamping avec piscine vue sur l’Atlas, à partir de 120 euros par personne. C’est une aventure qui change complètement le rythme d’un séjour à Marrakech en famille : moins de ruelles, plus de ciel. En quad sur la demi-journée dans ce désert de pierres, il faut compter entre 40 et 80 euros et prévoir des lunettes de protection, la poussière des pierres colle partout.
Les cascades d’Ouzoud, la balade en bateau que les enfants réclament dès le retour
On est partis à 7h du matin, thermos de café dans le sac, Inès encore à moitié endormie sur la banquette. La route depuis Marrakech prend environ deux heures et demie, direction l’Atlas, qui s’installe dans le pare-brise dès qu’on sort de la ville. Quand on arrive en haut du site, on entend les cascades avant de les voir : un rideau d’eau de plus de cent mètres, parmi les plus hautes d’Afrique du Nord.
La descente vers les bassins naturels se fait à pied, sur un sentier glissant par endroits. Les singes magots longent le chemin sans se soucier de personne : l’un d’eux a failli prendre le sandwich d’Inès directement dans sa main. Elle a reculé d’un pas, ils se sont regardés deux secondes. C’est le genre de moment qu’on ne prépare pas. En bas, les bassins sont d’un vert profond et l’eau est froide même en plein été.
La balade en bateau sur le bassin principal dure vingt minutes, mais depuis l’eau les cascades prennent une autre dimension : on voit les trois niveaux d’un coup, avec la brume qui monte et les singes sur les rochers. Pour une excursion organisée depuis Marrakech, comptez entre 300 et 600 DH par personne selon la formule. C’est la seule journée que les enfants ont réclamée de refaire.
En partant à l’aube, on avait les sentiers pour nous pendant la première heure. Le retour en fin d’après-midi peut traîner : mieux vaut anticiper.
La vallée de l’Ourika, les pieds dans l’eau et l’Atlas à portée de main
On a pris la route de bonne heure, et au bout d’une heure depuis Marrakech, les villages berbères accrochés aux flancs de l’Atlas ont remplacé les murs ocres de la ville. La rivière court entre les pierres grises, l’air est frais même en plein été, et les terrasses en bois des petits restaurants surplombent l’eau à quelques centimètres. Pour une centaine de dirhams par personne, on avait une truite grillée pêchée le matin même et une vue sur les gorges qui valait le déplacement à elle seule.
L’excursion dans la vallée est nettement plus accessible que les cascades d’Ouzoud avec de jeunes enfants : pas de grand dénivelé, pas de foule dense, et la rivière est là dès qu’on sort de voiture. La balade longe l’eau sur des chemins plats, entre les jardins potagers et les mulets chargés de bois. Inès a trempé les pieds dans la rivière au bout de dix minutes, et on ne l’a plus bougée pendant une heure. L’eau est froide même en juillet, ce qui en dit long sur la différence de température avec Marrakech en bas.
Le dimanche, un marché berbère s’installe le long de la route : épices, légumes, babouches, tissages. Ce n’est pas fait pour les touristes, ça se voit. Léo a repéré des couteaux à manche en os et n’a plus voulu partir. Pour une journée autour de l’Atlas sans logistique compliquée, la vallée de l’Ourika est le bon choix.
Un riad en médina, dormir au cœur du labyrinthe quand les ruelles s’endorment
Le premier soir dans notre riad, on a entendu la fontaine du patio avant même d’ouvrir les yeux. Dehors, les ruelles de la médina s’étaient tues. Dedans, l’eau coulait doucement sur les zelliges, et les enfants dormaient déjà. C’est ce contraste qu’on n’avait pas anticipé : le chaos du jour, puis ce silence presque complet dès que le portail en bois se referme.
Un riad, c’est une maison traditionnelle marocaine tournée vers l’intérieur, autour d’un patio central avec fontaine. Beaucoup ont une petite piscine dans ce patio. Pour une famille, les riads sont souvent plus personnalisés qu’un grand hôtel : on petit-déjeune sur la terrasse avec vue sur les toits ocres, le personnel connaît les prénoms des enfants dès le deuxième jour, et les chambres familiales permettent de loger à quatre sans multiplier les nuits. Comptez à partir de 80 à 150 euros la nuit selon le standing et la saison.
Il y a quand même deux revers concrets. Le premier : les motos et mobylettes dans les ruelles étroites de la médina. Elles surgissent sans prévenir, et avec Inès qui traîne un peu derrière, on ne relâche jamais la main. Le second : s’orienter dans le dédale quand les enfants sont épuisés. On a tourné vingt minutes avec nos valises le premier soir, plan en main, avant de trouver la bonne porte. Vérifier que le riad est proche des sites visités évite ces galères de fin de journée.
Un hôtel avec piscine en Palmeraie ou à l’Hivernage, le calme quand la médina fatigue
À partir du troisième soir dans la médina, on commence à peser le pour et le contre. Les ruelles sont belles, le riad est charmant, mais les motos qui surgissent au coin, le bruit jusqu’à minuit, les valises sur les pavés : avec des enfants, ça use. C’est là que les hôtels de la Palmeraie et de l’Hivernage changent la donne pour un séjour à Marrakech en famille. On est plus loin de la médina, c’est le deal. Mais on rentre le soir dans un jardin silencieux, avec une piscine sécurisée et de l’espace pour courir.
La piscine en fin d’après-midi, c’est devenu notre rituel de décompression. Après quatre heures dans les souks, on avait besoin de ça : de l’eau, de l’ombre, des chaises longues. Certains hôtels de la Palmeraie proposent aussi un club enfants, ce qui laisse aux parents une heure de silence rare à Marrakech. Pour une chambre familiale, comptez à partir de 100 à 200 euros la nuit selon la saison et le standing.
La question de l’excentrement se règle souvent avec la navette que proposent plusieurs hôtels vers Jemaa el-Fna. On partait le matin, on rentrait en taxi le soir pour une poignée de dirhams. Ce rythme, hôtel calme le matin, médina l’après-midi, est probablement le meilleur pour un séjour de plus de quatre jours. Pour les familles avec de très jeunes enfants, un quartier résidentiel où les petits peuvent lâcher les mains sans risque, ça n’a pas de prix.
Un cours de cuisine marocaine, les mains dans la pâte à briouate un matin
Le cours a commencé au marché, pas dans une cuisine. La cheffe nous a emmenés dans une ruelle des souks dès 8h30, panier en osier au bras, pour choisir la coriandre, les amandes et le ras el hanout. Inès a plongé le nez dans un sac d’épices et a éternué trois fois d’affilée. Le mélange de cumin et de cannelle lui est resté dans les narines toute la matinée.
De retour dans le riad, l’atelier a duré un peu moins de trois heures. Les enfants ont malaxé la pâte à briouate à la main, et elle colle bien plus que prévu : Léo en avait jusqu’aux poignets. La cheffe lui a montré le geste pour plier les triangles sans qu’ils s’ouvrent à la friture, et il a recommencé six fois avant d’en réussir un propre. Les activites proposant une formule spéciale enfants adaptent les recettes dès 6-7 ans, avec des gestes plus simples et des épices dosées moins fort.
Tom a passé l’heure du tajine à photographier les plats plutôt qu’à cuisiner, ce qui était prévisible. Pour environ 400 DH par personne, on a préparé trois plats et mangé sur place à la fin. C’est une experience marocaine que chaque enfant a vécue à son rythme. Chaque enfant est reparti avec sa fiche recette plastifiée, et c’est le seul souvenir du voyage qu’Inès a rangé dans son sac à dos elle-même, sans qu’on lui demande.
La calèche autour des remparts, le tour de ville qui ne fatigue personne
C’est Tom qui a repéré les calèches garées côté nord de Jemaa el-Fna, en fin d’après-midi, quand les jambes ne suivaient plus. On a négocié le prix avant de monter, trajet complet autour des remparts précisé d’emblée : pour 200 DH la calèche entière, le cocher a acquiescé. Le cheval a pris son rythme, lent, presque solennel, et la balade autour des remparts ocres dure entre 45 minutes et une heure selon les arrêts photo de Tom.
Depuis la calèche, la ville change complètement de visage. On ne la traverse plus à pied, on la longe par l’extérieur, et les remparts prennent une autre dimension : dix mètres de hauteur, une couleur qui vire au rouge brique dans la lumière de fin de journée. Inès a commencé à compter les tours carrées à voix haute. Elle en était à dix-sept quand on a tourné vers les jardins de la Ménara.
Ce qui m’a surprise, c’est que ce tour ne ressemble pas à une attraction. On croise des Marrakchis à vélo, des motos, des familles qui rentrent. Le bruit des sabots sur le bitume couvre les klaxons, et pendant une heure, personne ne réclame rien, ne tire sur aucune manche. Après des jours à naviguer à pied dans la médina, c’est un soulagement physique réel. Négocier le tarif et préciser le trajet avant de monter reste indispensable : sans ça, le tour peut se réduire à un demi-circuit.
Le quartier des tanneurs, l’odeur forte et les couleurs qui restent dans les yeux
On a senti Chouara avant de le voir. Dans les ruelles de la médina qui mènent aux tanneries, l’odeur arrive par vagues, forte, animale, impossible à ignorer. Un commerçant nous a tendu des feuilles de menthe dès l’entrée de sa terrasse, sans qu’on demande rien. C’est le geste habituel ici, et ça change tout : on respire la menthe, on regarde les cuves. On tient facilement.
Depuis la terrasse, le spectacle est saisissant. Les cuves sont disposées en alvéoles serrées, ocre, rouge brique, vert, bleu indigo. Des hommes y travaillent debout, les jambes dans le cuir trempé, à retourner les peaux à la main. Le processus complet, du cuir brut à la babouche finie, prend plusieurs semaines : Léo a voulu comprendre chaque étape, du bain de chaux à la teinture végétale. Le vendeur sur la terrasse lui a expliqué sans qu’on ait à insister. Inès, elle, avait déjà sorti son carnet. Elle a dessiné les couleurs des cuves en cercles, dans l’ordre : le blanc d’abord, puis le rouge, puis le bleu.
L’accès aux terrasses est gratuit ou lié à un achat symbolique dans la boutique. On n’est pas obligé d’acheter, mais la visite dure trente à quarante minutes et on repart souvent avec quelque chose. La qualité du cuir de Marrakech se voit à l’épaisseur : les pièces tannées ici ont une texture que les imitations n’ont pas. Ce quartier est l’une des visites les plus courtes du séjour et l’une des plus difficiles à oublier.
Le Musée de Marrakech, la cour intérieure qui vaut le détour même sans expo
Tom a levé son appareil dès le seuil franchi. Pas pour une collection, pas pour une vitrine : pour le lustre. Il pend au centre de la cour intérieure du palais Mnebhi, énorme, doré, suspendu dans un silence de cathédrale. On ne s’y attend pas du tout en poussant la porte depuis la ruelle. La cour est haute, blanche, bordée d’arcades en stuc, et ce lustre la domine comme si quelqu’un avait oublié d’éteindre un lustre de palais dans un ciel ouvert.
Pour 50 DH par personne, on entre dans un des rares endroits de la médina où on entend ses propres pas. Le musée est souvent quasi vide en milieu de matinée. Pas de groupe, pas de bousculade, juste la cour et ses galeries qui tournent autour. Les enfants ont filé vers les mosaïques du bas des murs, à plat ventre sur les dalles pour chercher les motifs qui se répètent. Les zelliges au ras du sol ont des détails qu’on ne voit qu’accroupi : Inès en a rempli deux pages de carnet sans qu’on lui demande rien.
Les collections tournent autour de la céramique, des monnaies anciennes, de la calligraphie et de quelques photographies du Maroc du XIXe siècle. Rien d’écrasant, rien qui demande une heure d’attention soutenue. On a fait le tour en quarante-cinq minutes, enfants compris, sans qu’on traîne personne. C’est exactement la bonne durée pour glisser ce musée entre deux visites sans plomber le rythme de la matinée.
Le palais Mnebhi date du XIXe siècle et ça se voit dans les proportions : les couloirs sont larges, les plafonds hauts, l’espace ne compresse pas. Tom a photographié le lustre depuis cinq angles différents pendant qu’on lisait les cartels des céramiques. Il est reparti avec ses meilleures photos de l’intérieur de la médina, et il n’avait pas prévu ce musée comme étape photo. Le musée se trouve à deux minutes à pied de la Médersa Ben Youssef, ce qui en fait une suite naturelle si on a déjà fait la Médersa le matin.
Notre retour sur Marrakech en famille
Nos lieux phares : La médina, Majorelle et Agafay ont structuré notre séjour à Marrakech.
Les grands moments : Le dîner sous tente berbère et les cascades d’Ouzoud en bateau.
Pause détente : Le Jardin Secret au cœur de la médina, calme et presque vide.
Notre astuce : Organiser les matinées tôt pour éviter chaleur et foules dans les souks.
Coup de cœur de la famille : La Médersa Ben Youssef (Tom), les cascades d’Ouzoud en bateau (Léo), le cours de cuisine à briouate (Inès), le marché berbère de la vallée de l’Ourika (Claire).
Ce qu’on aurait aimé savoir avant de partir à Marrakech en famille
Quelle est la meilleure saison pour visiter Marrakech en famille ?
Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) sont les meilleures périodes. L’été dépasse souvent 40°C, ce qui rend la médina difficile à explorer avec des enfants. Prévoir Oasiria comme soupape si on part en juillet ou août.
Combien de jours prévoir pour un séjour à Marrakech en famille ?
Quatre à cinq jours offrent le meilleur équilibre : trois jours pour la médina et ses incontournables, puis une journée pour Agafay ou Ouzoud. Moins de trois jours, on survole sans vraiment profiter du rythme de la ville.
Quels quartiers choisir pour dormir à Marrakech avec des enfants ?
Un riad en médina offre l’authenticité, mais les ruelles étroites et les motos demandent de la vigilance. La Palmeraie et l’Hivernage donnent plus de calme, une piscine et un rythme moins intense, idéal avec des enfants de moins de 8 ans.
Faut-il un visa pour aller au Maroc en famille depuis la France ?
Non, aucun visa n’est nécessaire pour un séjour de moins de 90 jours pour les ressortissants de l’UE. En revanche, chaque membre de la famille, enfants compris, doit être muni d’un passeport valide. La carte d’identité n’est pas acceptée.
Comment organiser une journée à Marrakech pour éviter la chaleur avec des enfants ?
Partir tôt le matin pour les souks et les visites culturelles, rentrer au riad ou à l’hôtel entre 13h et 16h, puis ressortir en fin d’après-midi vers Jemaa el-Fna. Ce rythme en deux temps évite la canicule et garde les enfants disponibles le soir.